Récentes réflexions

Après la télécopie

28 juillet 2017

Michael Guerriere
Chef des services médicaux, vice-président et chef de la stratégie
TELUS Santé

Les médecins, infirmières et pharmaciens du Canada sont parmi les meilleurs au monde, mais les piètres outils de communication dont ils disposent entravent leurs efforts de collaboration.

Une récente étude menée par TELUS Santé auprès de 150 médecins canadiens a révélé que le téléphone (85 pour cent) et le télécopieur (65 pour cent) sont les deux principales méthodes employées pour transmettre des renseignements sur les patients et des données médicales essentielles à d’autres professionnels de la santé.

Pour satisfaire à des normes supérieures de soins de santé, les fournisseurs de soins doivent disposer d’outils fiables et complets, plus sûrs, plus accessibles et répondant aux besoins des patients.

L’inefficacité d’outils désuets augmente le stress des cliniciens, qui sont déjà submergés par le volume de travail.

Selon la publication Journal of the American Medical Association, dans le cadre de l’abandon d’une approche axée sur les soins en milieu hospitalier en faveur d’une prestation de soins de première ligne, il existe un besoin croissant de permettre aux médecins œuvrant en milieu hospitalier, aux spécialistes et aux prestataires de soins de santé de première ligne de communiquer tout renseignement concernant la santé des patient et de pouvoir assurer les suivis. Diverses études révèlent que les informations incomplètes et que la discontinuité dans la prestation de soins sont associées à des lacunes quant à la qualité des soins lors de suivis, à des taux plus élevés de réadmissions et à une mauvaise continuité de soins.

Pour les patients, les répercussions de cette situation sont plus immédiates. De longs temps d’attente pour voir un spécialiste, une continuité des soins précaire lors de consultations avec d’autres fournisseurs de soins, un manque de précisions sur la façon de traiter des affections mineures, voilà des situations qui entraînent des retards et des erreurs et qui représentent un énorme fardeau administratif pour le système de santé.

Reconnaître la nécessité de communications sécurisées

Selon moi, des communications sécurisées entre fournisseurs de soins de santé sont d’une nécessité absolue si nous voulons apporter les améliorations nécessaires à la façon dont les Canadiens reçoivent – et peuvent s’attendre à recevoir – des soins, notamment :

  1. Réduction du nombre d’erreurs et d’événements indésirables
  • Uneétude menée en Australie (1998) auprès de médecins de première linge a révélé que 50 pour cent de tous les événements indésirables, en lien par exemple avec la gestion pharmacologique ou les diagnostics, étaient associés à des problèmes de communications.
  • Selon unsondage de Santé Canada mené auprès des établissements de santé, des ordres et des associations, 25 pour cent d’entre eux ont déclaré que les problèmes liés à la sécurité des patients et les erreurs liées aux soins de santé étaient imputables aux erreurs de communication et de documentation.
  1. Gagner en efficacité
  • Une étude de la Joseph’s Healthcare de Hamilton visant à déterminer les délais associés aux recommandations de spécialistes, ainsi que les difficultés à obtenir un rendez-vous dans un délai raisonnable a révélé que, dans certains cas, 21 pour cent des demandes de consultation ne recevaient aucune réponse des bureaux de spécialistes.
  • Qui plus est, comme il est mentionné dans un livre blanc rédigé pour les RLISS de Champlain du Sud-Est et du Centre-Est, on estime qu’entre 25 et 40 pour cent des recommandations pourraient être évitées si les médecins de premier recours et les spécialistes disposaient d’un moyen de communication efficace.
  1. Améliorer la sécurité des patients et la continuité des soins
  • Permettre aux médecins d’enregistrer de façon électronique les communications dans le DME du patient, ne plus avoir à consigner la même information à différents endroits et donner aux fournisseurs de soins la possibilité d’accéder à l’historique médical complet du patient.
  • Tout service qui permettrait de transmettre les informations relatives aux patients, sans avoir recours aux courriels et messages textes, assurerait que les données soient transmises selon les meilleures pratiques de sécurité.

Une communication efficace n’est possible que si elle est liée au dossier médical du patient. Tout message du médecin est ainsi reçu dans le contexte de l’historique médical du patient. De plus, le message est enregistré dans le dossier du patient. Ainsi, les fils de discussion ne sont pas perdus ni oubliés.

Les difficultés liées aux communications numériques sont évidentes et importantes, mais heureusement, le contexte et les conditions pour aborder ces difficultés s’améliorent :

  • Selon l’Institut canadien d’information sur la santé (ICIS), 73 pour cent des médecins de soins de premier recours utilisent les dossiers médicaux électroniques (DME) pour y consigner des renseignements sur le patient. Le taux augmente lentement, mais sûrement.
  • Certaines jeunes entreprises proposent des outils permettant d’importantes améliorations. L’application Figure 1, déjà surnommée « Instagram pour les médecins » et dont l’équipe est à Toronto et à New York, permet à des médecins de partout dans le monde de transmettre des images des affections de leurs patients et de demander l’opinion de leurs confrères. Cet outil mobile en ligne avait déjà séduit un million d’internautes en 2016, et des images médicales ont été consultées plus de 1,5 milliard de fois sur cette plateforme.
  • En 2015, PetalMD, une application nuagique utilisée par plus de 30 000 médecins, a lancé une solution mobile permettant à ceux-ci d’échanger en temps réel des messages avec leurs collègues de façon sécurisée, peu importe le lieu de travail.
  • Le service de messagerieMedDialog a récemment été lancé au Canada (par TELUS Santé). Il permet l’échange des renseignements de façon harmonieuse entre les fournisseurs de soins de santé, et ce, directement à partir du dossier du patient sans interrompre le travail des médecins. Ceux-ci peuvent traiter des recommandations, faire des cyberconsultations et envoyer des messages électroniques. Ils ne sont plus dépendants du papier, du téléphone, ni des moyens de transmission non sécurisés comme les courriels, les textos et les télécopies.

Fournir des soins axés sur le patient de façon moderne

Une fois qu’un moyen de communication sécurisée avec d’autres médecins sera mis au service de l’équipe de soins d’un patient, notamment les fournisseurs de soins de santé de première ligne, les spécialistes et les patients eux-mêmes, les communications ne seront plus une chaîne sporadique, décousue et peu fiable d’appels téléphoniques, de télécopies et de lettres transmises par la poste. Un moyen de communication fiable contribuera à redéfinir l’écosystème de soins de santé du Canada en un processus véritablement intégré auquel les patients participeront en tant que partenaires.