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La pharmacoéconomie : inclure la valeur dans l’équation

13 octobre 2016

Par ailleurs, l’établissement d’une liste de médicaments gérée est une autre stratégie de contrôle des coûts rarement utilisée dans le cadre de régimes privés d’assurance médicaments : seulement 20 % des preneurs de régime y recourent, selon le sondage de Benefits Canada7. Pourtant, on note un intérêt croissant à l’égard de cette mesure. Ou peut-être, plus précisément, les preneurs de régime et les assureurs sont de plus en plus unanimes à l’égard du fait qu’il devient tout simplement impossible de continuer d’appliquer les listes à couverture large dans le contexte actuel.

« Quand nous examinons notre volume d’affaires, nous constatons que la grande majorité des régimes d’assurance médicaments couvrent des listes de médicaments ouvertes. Cependant, au cours de la dernière année, nous avons remarqué que plus de gens posent des questions et manifestent un intérêt grandissant à l’égard des listes de médicaments gérées, mentionne Mme Kesteris. Les listes de médicaments gérées offrent une occasion d’adopter une approche plus équilibrée de la gestion des coûts, sans compter que de plus en plus de médicaments de spécialité sont produits. »

Le rapport coûts-avantages : la logique de la valeur

C’est ici qu’entre en jeu la pharmacoéconomie, une discipline essentielle pour la réussite de l’implantation des listes de médicaments gérées. En bref, on peut associer la pharmacoéconomie à une boussole dont la valeur économique est le « nord géographique ». Le coût demeure une part importante de l’équation, mais les résultats sont tout aussi importants pour la navigation. La science de la pharmacoéconomie, surtout lorsqu’on l’applique aux listes de médicaments gérées, peut aider à réduire l’incertitude et à augmenter le confort et l’intérêt des preneurs de régime. Cependant, pour comprendre comment elle peut faire une différence, nous devons d’abord délaisser les idées fausses en lien à cette science elle-même.

« Les gens utilisent souvent le mot pharmacoéconomie hors contexte, explique Jayson Gallant, pharmacien à TELUS Santé. Le terme semble être utilisé chaque fois qu’on parle du coût des médicaments en général, mais c’est bien plus que cela. À l’autre extrême, certains pensent que la pharmacoéconomie sert à calculer le rendement sur l’investissement pour un médicament donné, mais ce n’est pas tout à fait exact. »

En termes simples, la pharmacoéconomie cherche à quantifier la valeur en considérant « le coût du médicament par rapport à son efficacité », selon M. Gallant. Cette approche est particulièrement utile lorsque plusieurs médicaments de prix différents sont offerts pour traiter un problème de santé. Par exemple, si un nouveau médicament coûte plus cher qu’un médicament existant, mais fonctionne plus efficacement, améliorant du même coup la qualité de vie du patient (y compris sa productivité), la pharmacoéconomie peut déterminer qu’il a une valeur plus élevée que celle des anciens médicaments moins chers. « Cela établit le lien entre le coût supplémentaire et les avantages supplémentaires », dit M. Gallant.

Il s’agit de comparer des valeurs

Comment la pharmacoéconomie crée-t-elle un environnement de comparaison « de pommes avec des pommes » qui relie le coût d’un médicament à des résultats apparemment non quantifiables tels que la qualité de vie? C’est là que le concept d’année de vie ajustée en fonction de la qualité, ou AVAQ (de l’anglais quality adjusted life year ou QALY) entre en jeu. L’AVAQ est une norme universellement acceptée qui traduit la qualité de vie à partir des données, telles que l’incidence d’un médicament sur la morbidité et sur la mortalité, en une variable mathématique.

« Supposons qu’un médicament fait gagner au patient une année de vie supplémentaire, mais que sa qualité de vie est très mauvaise en raison des effets secondaires. Dans ce cas, l’AVAQ est plutôt faible. D’un autre côté, pour un médicament qui fait gagner une année de santé parfaite, l’AVAQ serait élevée, » dit M. Gallant. Le score AVAQ est alors pris en compte dans d’autres calculs pharmacoéconomiques.

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