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La pharmacoéconomie : inclure la valeur dans l’équation

13 octobre 2016

Le rapport coût-efficacité différentiel (RCED) est un autre paramètre clé quand il s’agit de déterminer la valeur relative d’un médicament qui est plus efficace qu’un autre, mais qui coûte plus cher. « Le RCED est une mesure normalisée, utilisée par la plupart des organismes d’évaluation des technologies de la santé dans le monde », explique M. Gallant. Il peut également être utilisé pour établir les listes de médicaments gérées dans le domaine privé.

D’un point de vue mathématique, le RCED divise la différence de coût entre les deux médicaments par leur écart sur le plan de l’efficacité. Autrement dit, il calcule la moyenne des coûts pour chaque unité supplémentaire d’efficacité, et cette « unité d’efficacité » est l’AVAQ, ou l’année de vie ajustée en fonction de la qualité.

Plus le RCED est bas, plus le rapport coût-efficacité (ou la valeur) du médicament est bon. Le seuil maximal de RCED utilisé par les agences d’évaluation des technologies en santé dans le monde se situe habituellement dans les dizaines de milliers de dollars. « Par exemple, nous considérons qu’un RCED allant jusqu’à 50 000 $ par AVAQ gagnée représente une bonne valeur. Nous jugerions donc que ce médicament est efficace par rapport au coût », explique M. Gallant.

« Un RCED qui égale ou qui approche le seuil maximal n’est cependant pas un reflet des coûts pour les preneurs de régime ou pour les adhérents », explique M. Gallant. Le RCED est un paramètre utilisé pour la modélisation pharmacoéconomique, qui suit ses propres lignes directrices lorsqu’il s’agit d’analyser les résultats. »

Le lien avec la couverture

Une compréhension de base de la pharmacoéconomie aide à dissiper les idées fausses au sujet des listes de médicaments gérées. Par exemple, certains associent les listes de médicaments gérées à des régimes restrictifs ou fermés qui excluent la couverture de certains médicaments, principalement en fonction des coûts. Une véritable liste de médicaments gérée, cependant, repose sur le principe de la valeur, utilisé par la pharmacoéconomie. L’objectif n’est pas forcément d’exclure la couverture de certains médicaments, mais de les classer en fonction de leur valeur. Plus la valeur pharmacoéconomique est élevée, plus la couverture est élevée.

« Vous n’êtes pas en train de perdre l’accès aux médicaments essentiels, et vous n’êtes pas “forcé” non plus d’utiliser uniquement des médicaments moins chers, explique M. Gallant. Au lieu de cela, la liste de médicaments gérée classe toutes les options disponibles d’une catégorie de médicaments et encourage l’utilisation de ceux qui procurent la meilleure valeur. De manière tout aussi importante, c’est une façon de communiquer clairement les différents niveaux de valeur pour les adhérents, ce qui les encourage à être des consommateurs avertis quant aux dépenses d’un régime. Plus ils consomment des médicaments réputés pour leur capacité à fournir une meilleure valeur, plus ils obtiennent une bonne couverture. »

L’information joue également un rôle important pour dissiper les idées fausses qui pourraient être véhiculées. Par exemple, les adhérents peuvent ne pas être au courant du fait que les nouveaux médicaments doivent passer par un processus d’évaluation pour que soit déterminée leur position dans une liste gérée (voir l’encadré). Pendant cette période d’évaluation, qui peut durer plusieurs mois, la couverture de ce médicament n’est pas offerte. Il se peut également que les adhérents ne comprennent pas pourquoi les niveaux de couverture diffèrent pour certains médicaments. Les conseillers et les compagnies d’assurance peuvent se démarquer en prenant l’initiative de fournir cette information sur l’établissement et sur les modalités de couverture à partir d’une liste de médicaments gérée.


Fonctionnement des listes de médicaments gérées

Dans le contexte de la liste de médicaments gérée d’un régime privé, tous les médicaments approuvés par Santé Canada subissent un processus d’évaluation, semblable à celui qui a actuellement cours pour les régimes publics, réalisé par le gestionnaire des demandes de règlement de médicaments. Ce dernier reçoit des renseignements du fabricant qui comportent des preuves cliniques, des modélisations pharmacoéconomiques et une analyse des incidences budgétaires (y compris des prévisions quant au nombre de demandeurs).

Généralement composé de différents membres du gestionnaire des demandes de règlement de médicaments – principalement des pharmaciens – un comité de gestion des listes de médicaments (CGLM) évalue le dossier du fabricant pour vérifier la présence de biais potentiels et son exhaustivité (par exemple, pour s’assurer que tous les essais cliniques pertinents sont pris en compte). Une fois toutes les données rassemblées et évaluées, et gardant à l’esprit les objectifs et les incidences prévues qui sont propres à des régimes privés, le comité détermine la couverture du médicament dans la liste.

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