Récentes réflexions

Promouvoir l’adoption de la prescription électronique au Canada

26 février 2015

Photo_Helene_C Vincent Ng
Gestionnaire principal,
Consultation auprès des entreprises en santé

TELUS Santé

Le consensus sur la prescription électronique

Au début des années 2000, le Canada et les États-Unis se sont intéressés au financement et à la mise en service d’un système de dossier de santé électronique, et ce sont les prescriptions et leur délivrance qui furent les premières visées. À l’époque, tout comme aujourd’hui, il y avait consensus sur le fait qu’un système de prescription électronique présenterait des avantages cliniques, financiers, sécuritaires et fonctionnels pour tous les grands intervenants du système de soins de santé, dont les patients.


Qu’est-ce que la prescription électronique?

La prescription électronique est la création et l’autorisation de directives de délivrance pour un ou plusieurs médicaments par un prescripteur et leur transmission à une pharmacie. Pour les besoins du présent document, les prescriptions générées numériquement, puis imprimées par un médecin pour que le patient les remettent à un pharmacien, sont exclues.


Une marge d’erreur réduite

La réduction des chances de réactions indésirables aux médicaments est l’un des principaux attraits de la prescription électronique. La marge d’erreur inhérente au processus manuel de prescription expose les patients à des blessures graves, voire à la mort. En 2008, plus d’une visite aux urgences sur neuf était liée à une réaction qui aurait pu être évitéei.

En outre, il existe une forte corrélation entre le nombre de médecins qui traitent des patients et le nombre de combinaisons de médicaments potentiellement inappropriées qui sont prescritesii. La prescription électronique peut grandement réduire ce risque d’erreurs.

De plus, en 2012, l’Association médicale canadienne et l’Association des pharmaciens du Canada ont fait une déclaration commune sur la prescription électronique dans laquelle elles citent, parmi les autres avantages de ce processus :

  • des améliorations en matière de sécurité et de soins des patients;
  • un processus de prescription et de renouvellement plus sécuritaire et efficace;
  • une réduction des retranscriptions, ce qui réduit le risque d’erreurs et les risques liés à la responsabilité tout en simplifiant le travail des pharmaciens.

Sur le plan financier, les dépenses en médicaments au Canada se chiffrent à 34 milliards de dollars annuellementiii. Et pourtant, notre système de soins de santé repose encore sur le transfert de documents papier entre médecins et pharmaciens. Inforoute Santé du Canada estime que les systèmes d’information sur les médicaments (SIM), qui contiennent les antécédents pharmaceutiques des habitants d’une province, peuvent générer des retombées globales de 436 millions de dollars pour le système de soins de santé si la prescription électronique est adoptée rapidement.

Cependant, mis à part des prises de position, des déclarations sur les principes de la prescription électronique et quelques projets pilotes au Canada, comme l’initiative du Dossier Santé Québeciv, très peu a été fait pour l’adoption de la prescription électronique.

Un contraste frappant avec les États-Unis

Le surplace du Canada offre un contraste frappant avec les États-Unis, où, en 2013, 73 % des médecins en cabinet utilisaient la prescription électroniquev (cette proportion n’était que de 4 % moins de dix ans plus tôt). Maintenant, 95 % des pharmacies des États-Unis acceptent les ordonnances électroniques, qui représentent 58 % des ordonnances admissibles du pays.

Cette popularité s’explique en partie par l’adoption massive de systèmes de dossier médical électronique (DME), un environnement propice à la prescription électronique, ainsi que par l’introduction d’incitatifs financiers encourageant une utilisation efficace des TI dans le domaine de la santé. De plus, nos voisins du sud utilisent Surescripts, le plus grand réseau de prescription électronique américain. Ce système a amassé des renseignements sur plus de 200 millions de patients depuis son lancement en 2004 et, l’année dernière, il a traité plus d’un milliard de prescriptions.vi

Avec des avantages aussi considérables et une utilisation si répandue aux États-Unis, on peut se demander pourquoi le Canada, avec son attachement envers l’innovation et son intégration grandissante des TI de la santé, est si loin d’adopter la prescription électronique.

Des fondations indispensables

Les essentiels de la prescription électronique

Qu’est-ce qui empêche le Canada d’utiliser la prescription électronique? Que faut-il faire pour l’intégrer et la faire adopter? Tout le Canada n’a pas à adopter la prescription électronique d’un coup. Par contre, revoir notre façon d’exploiter les SIM et adopter une approche par régions sont deux changements importants et gérables qui peuvent accélérer son adoption au Canada.

La stratégie privilégiée au Canada est de construire un SIM complexe avant d’y intégrer la prescription électronique. De nos jours, six provinces sont dotées de SIM : l’Alberta, la Colombie-Britannique, le Manitoba, Terre-Neuve-et-Labrador, l’Île-du-Prince-Édouard et la Saskatchewan. Plus de la moitié des pharmaciens de ces provinces disent que l’accès à un SIM a amélioré leur productivité, et plus de 90 % d’entre eux constatent aussi que les soins qu’ils prodiguent sont de meilleure qualitévii. De la même façon, le Dossier Santé Québec (DSQ) reçoit des renseignements pharmaceutiques de plus de 80 % des pharmacies de la province. Bien que les avantages d’un SIM soient indéniables, il reste beaucoup de chemin à faire avant que les SIM provinciaux deviennent la norme au pays.

De plus, la mise en service d’un SIM n’entraîne pas nécessairement l’adoption de la prescription électronique. Il faudrait que les pharmacies l’intègrent harmonieusement dans leurs systèmes actuels et flux de travail de gestion de pharmacie. Enfin, comme la prochaine section l’explique, beaucoup de médecins doivent participer pour que les pharmacies puissent passer à la prescription électronique.

Prescription électronique et SIM : des initiatives jumelles

Le lancement de la prescription électronique au Canada serait plus efficace si le SIM et la prescription électronique étaient perçus comme des initiatives complémentaires.

La prescription électronique a le feu vert sur le plan législatif. En 2007, Santé Canada a annoncé qu’il n’y avait aucun problème législatifviii à passer à des ordonnances générées et transmises de manière électronique, tant qu’elles respectent les mêmes objectifs de réglementation que l’ordonnance écrite. Les provinces et les territoires qui veulent passer à la prescription électronique doivent s’assurer que celle-ci satisfait aux mêmes exigences réglementaires et respecte les mêmes objectifs de réglementation que la prescription écrite. Un SIM n’est pas nécessaire au respect de ces obligations.


Feu vert à la prescription électronique : la rigueur des organismes de réglementation

Les organismes de réglementation provinciaux et territoriaux ont dégagé les conditions où la prescription électronique équivaut à la prescription écrite et est acceptable. La prescription électronique doit :

  • permettre aux pharmaciens de vérifier l’authenticité de l’ordonnance;
  • respecter la confidentialité des renseignements des patients;
  • permettre de vérifier l’authenticité de l’ordonnance (c’est-à-dire de vérifier l’identité du professionnel qui l’a émise);
  • permettre de confirmer l’exactitude de l’ordonnance et comprendre un mécanisme de détection des imitations;
  • empêcher le détournement pour que l’ordonnance ne puisse être transmise à plus d’une pharmacie;
  • respecter le choix du patient de la pharmacie où recevoir son ordonnance.

La rigueur de ces principes, qui sont extrêmement importants, influe fortement sur les exigences couramment adoptées pour les SIM, qui semblent nuire à l’adoption de la prescription électronique.


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