Récentes réflexions

Promouvoir l’adoption de la prescription électronique au Canada

26 février 2015

Prendre de la vitesse

Le courage de penser différemment

Le paysage complexe des soins de santé canadiens est reconnu pour ses îlots d’excellence, et la prescription électronique se prête très bien aux grands projets qui commencent petits. À long terme, comme pour tous les aspects d’une transformation des soins de santé, c’est l’association des praticiens, du secteur et des législateurs qui ouvrira la voie à l’adoption de la prescription électronique à l’échelle du pays. D’ici là, il est des plus avantageux de prendre des mesures progressives visant à obtenir une impulsion efficace.

Profiter des actuels investissements en TI pour la santé

Les systèmes de DME, grâce auxquels les prescriptions électroniques seront créées, deviennent courants dans la pratique médicale canadienne. Selon le sondage national des médecins de 2014, l’adoption des DME a triplé depuis 2007 pour arriver à 79 %. En comparaison au travail colossal que demande le passage de la pratique manuelle à la pratique électronique, l’ajout d’une fonction de prescription électronique à un système de DME demande un bien petit effort pour des avantages importants. Il sera plus simple de passer à la prescription électronique comme voulue par les médecinsix. De plus, cette fonction du DME pourrait encourager les retardataires à passer à la pratique électronique.

L’adoption de systèmes de DME par les médecins, plutôt que le déploiement de SIM, est peut-être tout ce qui manque pour que la prescription électronique s’installe enfin.

Déploiements régionaux de la prescription électronique

La prescription électronique pourrait très bien révolutionner les TI pour la santé et encourager la mise en service de systèmes de DME et de SIM, mais il faudra avoir le courage de changer de façon de penser. À plus petite échelle, la prescription électronique peut être déployée en groupes régionaux ciblés pour créer un effet de réseau qui stimulera l’adoption.

Le Canada pourra ainsi créer une masse critique locale qui grandira jusqu’à ce qu’elle connaisse un véritable essor, comme Surescripts l’a fait aux États-Unis. La solution Surescripts a connu une explosion en 2010 qui correspond à la légalisation de la prescription électronique dans les 50 États, à l’introduction des incitatifs pour l’utilisation efficace en 2008 et à l’acceptation de la prescription électronique par la majorité des pharmacies.

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Il y a plusieurs raisons pour lesquelles une approche régionale de la prescription électronique peut contribuer à son adoption au Canada :

  1. L’atteinte d’une masse critique. Les médecins et pharmaciens ont seulement intérêt à se lancer dans la prescription électronique s’ils peuvent l’utiliser pour une grande partie de leurs patients et ordonnances. Une masse critique de médecins et de pharmaciens aux échanges fréquents doit donc participer. Bien entendu, cette masse n’a pas à s’étendre à tous les médecins et à toutes les pharmacies d’une province. Un SIM peut permettre à un médecin de Belleville de transmettre par voie électronique une ordonnance à une pharmacie de Timmins, mais il est peu probable que ce soit assez souvent le cas pour faire une différence pour l’un ou l’autre. Ce sont les concentrations régionales d’adoption et d’utilisation fréquentes qui permettront le progrès.
  1. La pression sur la concurrence. La pression de la concurrence poussera les pharmacies à accepter les ordonnances électroniques si un grand nombre de leurs concurrents immédiats le font. Les médecins locaux seront alors plus nombreux à participer, et un cercle vertueux d’adoption s’établira. Cet effet a été observé aux deux sites du Projet pilote d’ordonnances électroniques, c’est-à-dire Sault Ste. Marie et Collingwood, où toutes les pharmacies du secteur ont participé.
  1. La connaissance du réseau. Le déploiement en groupes régionaux est plus susceptible d’établir un réseau de participants connus. Les pharmaciens pourront vérifier plus facilement l’authenticité d’une ordonnance et de son prescripteur, et les médecins pourront plus facilement indiquer les pharmacies acceptant les ordonnances électroniques.
  1. La participation des assureurs. Les payeurs tiers peuvent être invités à participer aux initiatives régionales pour limiter la responsabilité financière des pharmacies. Peu de personnes savent qu’en plus de leurs obligations professionnelles, les pharmaciens ont des raisons financières de s’assurer que les ordonnances sont authentiques : en effet, si une pharmacie délivre une ordonnance jugée frauduleuse par le payeur tiers, elle doit le rembourser. Par exemple, en 2014, une vérification en Colombie-Britannique a déterminé que 10 % des réclamations aux pharmacies par les assureurs découlaient du fait que les médecins n’avaient pas fourni de directives ou de dates de délivrance, ou encore parce qu’ils n’avaient pas signé l’ordonnance.
  1. La création de groupes de prescription électronique. Les groupes régionaux de prescription électronique peuvent créer un SIM régional assez rapidement. Le Partenariat de services de santé de Sault Ste. Marie transmet les profils pharmaceutiques de son système de DME aux pharmacies locales participantes, ce qui constitue une réelle valeur pour les participants. Une fois qu’un SIM provincial sera en place, les participants pourront obtenir un aperçu provincial.
  1. La mise à l’essai d’un flux de travail complet. Enfin, en intégrant le processus complet de prescription électronique (prescription, authentification, transmission, délivrance, renouvellement et suivi) en groupes régionaux, il est possible d’évaluer, de raffiner et de mettre à l’essai un flux de travail complet ainsi que les avantages cliniques et financiers qu’un processus de gestion des médicaments complètement électronique offre aux participants.

Pour terminer, la prescription électronique offre aux professionnels de la santé de nombreux avantages relatifs à la sécurité des patients, à la qualité des soins et à la productivité. La technologie existe déjà. Les professionnels de la santé veulent la prescription électronique. Et celle-ci est conforme à la loi. Toutes les conditions sont réunies pour l’adoption de la prescription électronique, et en favorisant une approche régionale, le Canada peut vraiment ouvrir la voie au progrès.


 

i Zed et al, Journal de l’Association médicale canadienne, 2008
ii Tamblyn et al, Journal de l’Association médicale canadienne, 1996
iii Pearl, Affaires de la santé, février 2014
iv http://www.dossierdesante.gouv.qc.ca/en/population/Qu-est-ce-que-le-DSQ/index.php?Le_DSQ_en_bref
v http://surescripts.com/news-center/national-progress-report-2013
vi http://www.forbes.com/sites/zinamoukheiber/2014/09/23/e-prescribing-giant-surescripts-emerges-as-a-player-in-push-for-interoperability/
vii Sondage de l’Inforoute Santé sur l’utilisation des technologies de santé numériques dans la pratique de la pharmacie, 2014
viii http://www.hc-sc.gc.ca/hcs-sss/ehealth-esante/index-fra.php
ix Association médicale canadienne

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